La Puce à l’oreille

En quelques lignes

Raymonde Chandebise soupçonne son mari Victor-Emmanuel de la tromper. Sa meilleure amie, Lucienne, lui conseille d'en avoir le cœur net et d'user d'un stratagème. Toutes deux lui adressent une lettre, écrite par une belle inconnue, lui donnant un rendez-vous galant !

C'est ainsi que commence ce chef-d'œuvre de Georges Feydeau.

Longtemps cantonné dans l'antichambre de la littérature, le théâtre de Feydeau connaît une nouvelle jeunesse. Aujourd'hui, on loue sa précision et son sens de la situation dramatique. On vante sa psychologie dans sa peinture cruelle des relations conjugales. On approuve son utilisation des niveaux de langage, l'ingéniosité de ses ellipses, de ses euphémismes et de ses quiproquos. On s'enthousiasme pour ses inventions mécaniques, ses interruptions répétitives, comme dans La Puce à l'oreille celle de l'Anglais qui passe régulièrement s'enquérir : "Nobody called ?". On admire l'enchaînement diaboliquement rythmé des mésaventures que ses héros déclenchent, on pense inévitablement aux gags de Mack Sennett ou Charlie Chaplin.

Pauvre Chandebise, insulté, avili, menacé, roué de coups, qui croit voir son double et que le spectateur ne plaint pas ! La fantaisie sans borne à laquelle le livre son auteur s'apparente à celle d'un Kafka comique, d'un surréalisme déchaîné.

Dans cette "mécanique" du rire, Bernard Lefrancq dirige, avec la maestria qu'on lui connaît, une impressionnante distribution qui voit Michel Poncelet dans une double composition.