Nos femmes

d’Eric Assous

Alain Leempoel

Le vrai propos de la pièce est l’amitié

Entretien avec Alain Leempoel

Quels sont les éléments qui ont éveillé ton intérêt à la lecture de ce texte ?

Eric Assous est un auteur que j’ai beaucoup lu ou vu au théâtre, ses pièces m’intéressent, m’amusent ou parfois m’interpellent. Il a beaucoup disserté sur le couple mais cette fois il ne met en scène que des hommes parlant des femmes, j’ai donc été particulièrement intrigué.

J’ai vu le spectacle à Paris joué par de grosses vedettes (Daniel Auteuil, Richard Berry), il y a eu aussi un film (les mêmes et Thierry Lhermitte), il devait donc avoir de la qualité derrière tout ça, comme ce fut le cas nous voilà donc sur la production belge.

Ensuite, le prétexte de se retrouver avec des amis en scène a décuplé mon intérêt pour la pièce.

Est-ce une pièce de potes ? D’où vient votre amitié ?

Il est évident que le fait d’être trois potes est un apport énorme pour le spectacle, ne fusse que sur le plan de la complicité et de l’autodérision.

C’est, au départ, d’une envie que j’avais de jouer avec Bernard Yerlès et de retrouver la complicité avec Bernard Cogniaux que nous avions eu sur « ART » de Yasmina Reza, que le projet s’est échafaudé. Ce fut long à mettre en place car nos agendas respectifs ont eu beaucoup de mal à s’accorder mais la patience (ou mon entêtement) a fini par payer.

Nous sommes effectivement trois potes de (presque toujours) de par notre métier d’abord et aussi par le sport (le football) que nous avons pratiqué tous les trois pendant plus de vingt-cinq ans dans le même club amateur. Chaque week-end, l’appel du ballon rond nous entrainait sur les terrains les plus improbables avec la même joie de se retrouver dans le vestiaire, ou au bar après le sport.

Comment se fait-il que tu sois comédien et metteur en scène de ce projet ?

Il fut décidé, dès le départ, que l’acteur qui interpréterait le rôle de Simon (moins important que les deux autres) serait le metteur en scène car nous n’avions pas envie d’un autre regard sur nous. Nous trouvons que nous avons suffisamment d’autodérision pour nous mettre en boite tout seul.

C’est Adrian Brine (grand metteur en scène Anglais disparu l’an dernier) qui fit toute sa carrière en Belgique qui m’a appris ceci : « un comédien peut jouer tous les rôles mais pas avec n’importe qui, car tout est question de rapport entre les acteurs. ». Nous avons donc commencé par lire la pièce plusieurs fois entre nous, en changeant chaque fois de rôle pour constater quels étaient les meilleurs rapports entre les personnages et nous trois. Le résultat sera sur scène.

C’est une comédie mais qui aborde quelques réflexions profondes, est-ce ce type de pièce qui te motive ?

Le vrai propos de la pièce est l’amitié, et sa remise en question.

Jusqu’où peut-on aller pour protéger son pote ? Où s’arrête l’échelle des valeurs humaines sur le sujet ? Est-elle la même pour tous ? Est-on vraiment un ami ? Ou croit-on l’être ?

Parfois, on se trompe juste d’amitié. Ces thèmes sont soulevés très habilement par Eric Assous, sous forme d’une comédie franche. Tout en parlant des femmes, ces trois personnages se perdent en conjoncture car leur malaise est criant, leur lâcheté ou leur différend apparait au grand jour.

Est-ce que la pièce met en scène trois hommes ou trois moitiés de couple ?

La question est bonne et délicate… Que sommes-nous sans nos moitiés ? Ce propos n’est nullement sexiste puisqu’il se pose tant pour l’homme que pour la femme. Le regard de l’autre (de son conjoint), le sentiment d’amour, de réciprocité, de complémentarité quoi de plus beau mais quoi de plus complexe ? Seulement, voilà, l’homme et la femme ne sont pas fait pareils dès lors… les conflits ou la comédie peut s’installer.

Que peux-tu dire sur les personnages ?

Les trois caractères sont très marqués : l’action se déroule chez Max (Bernard Yerlès), le plus conformiste, il est maniaque, impatient, nostalgique et même un peu psychorigide. Tout doit être fait et pensé à sa façon, comme avant, dans l’ordre et la hiérarchie, leur amitié aussi.

Paul (Bernard Cogniaux), le moins entreprenant, est pépère, conciliant - plus par paresse que par choix. Il déteste les conflits, il est d’ailleurs très content d’être là, avec ses amis sans se poser la moindre question sur l’état de leur amitié.

Et Simon (moi-même) est l’ado attardé, nostalgique absolu de sa jeunesse, pas conformiste pour un sous et même bordélique, il obéit à peu de règles et il pense être, au moins, l’égal de ses amis, en tout cas, il a tout fait pour socialement pour y arriver.

En fait, ces trois personnages manquent totalement de lucidité et de recul sur eux-mêmes, tout autant que sur leur amitié.

Quant à leur rapport avec leur femme respective, il est… comment dire ?... Plutôt complexe… je m’arrête là, la pièce vous l’expliquera mieux que moi !

Quelle a été la ligne de conduite pour la scénographie et les costumes ?

Pour le décor : nous sommes dans l’appartement de Max, qu’il a décoré lui-même, avec soins et moyens, car il ne permettrait pas à quiconque de le faire à sa place. Celui-ci est vaste, dépouillé, moderne mais minimaliste et manquant cruellement d’une touche féminine.

Pour les costumes : la direction est claire, j’ai souhaité que nous cassions, autant que faire se peut, notre image. Nous allons vous surprendre (enfin je l’espère), et vous prouver que notre autodérision n’aura d’égal que le plaisir que nous avons tous trois, de nous retrouver ensemble sur scène dans cette comédie qui parle beaucoup de vous, mesdames… et de vos maris !