Tournée des châteaux | Été 2026
Un Monde Idéal
de Nicolas Poiret et Sébastien Blanc
Du 23 juillet au 3 septembre 2026

Il y a des questions évidentes qui se posent lors d’un mariage et il y en a d’autres qu’il vaut mieux éviter…
Aujourd’hui, Zoé et Romain se marient. C’est Jeanne qui est à la fois la mère de Zoé et la Maire du village qui officie. Alors qu’ils sont sur le point d’échanger leurs consentements, Romain a une dernière question à poser à Zoé…
Et cette question, explosive, va mettre ce couple, la patience de Jeanne et nos zygomatiques à rude épreuve…
« Dès que nous avons eu l’idée de cette pièce, nous avons tout de suite vu le plaisir que nous allions prendre : malmener avec gourmandise des personnages en les propulsant dans une situation aussi inconfortable pour eux que réjouissante pour le public. »
Nicolas Poiret et Sébastien Blanc
Distribution :
Marie-Hélène Remacle,
Laura Noël,
Rémy Thiebaut
et Romain Mathelart.
Mise en scène : Robin Van Dyck
Scénographie : Léa Gardin
Équipe technique :
Laurent Comiant
Corentin Van Kriekinge
Vigen Oganov
Louis Linotte
Lou Provensal

Quelques mots avec les auteurs
Quelle est la genèse de votre pièce ?
On cherchait des sujets, et en discutant avec Anne Bouvier, on est arrivé sur cette idée du choix cornélien impossible à faire ou de ces questions, en apparence, inoffensives qui peuvent mettre en danger un couple.
Pourriez-vous caractériser vos personnages ?
Jusqu’au-boutistes, de mauvaise foi et parfois maladroits.
Comment expliquez-vous le titre de votre pièce ?
Pour ça, il faut venir la voir…
En tant qu’auteur que pensez-vous de cette phrase :« … je ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité… » ?
Que c’est une belle citation de Racine, un peu angoissante et très vraie…
Quel est l’ingrédient essentiel d’une bonne pièce ?
Si seulement on le savait... Mais c'est un secret bien gardé. Par Racine lui-même, justement.
Quel effet ça vous fait d’être joué en Belgique ?
C’est toujours intrigant de voir comment une pièce est perçue en dehors des frontières. On a hâte de la redécouvrir à la sauce belge, avec ce décalage et cet humour dont nous sommes très clients.
Si on devait lui en trouver un, on classerait votre pièce dans quel tiroir théâtral ?
Dans un monde idéal, la pièce ne terminerait pas dans un tiroir, mais s’il fallait la classer, on dirait que c’est une comédie et un mode d’emploi sur les choses qu’il faut éviter de faire le jour de son mariage.
Questions à Robin Van Dyck
Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce texte ?
Le rythme d’abord. C’est un texte qui avance comme une vague qui déferle, qui ne cesse de se renouveler et qui ne laisse jamais le spectateur s’installer confortablement.
Tout part d’une situation très simple : lors de la cérémonie de mariage, au moment de l’échange des consentements, l’un des futurs mariés met soudain la cérémonie « en pause ». Une question surgit et agit comme un véritable tsunami : elle renverse la tradition, les conventions sociales et le petit monde bien ordonné des personnages.
Ce que j’aime particulièrement, c’est cette capacité qu’a la pièce de faire surgir l’inattendu dans un cadre très codifié. La cérémonie de mariage devient le lieu d’un basculement : ce qui devait être un moment parfaitement maîtrisé se transforme en un instant de crise, de révélations et de mauvaise foi jubilatoire.
C’est aussi le propre de la comédie : nous assistons, parfois hilares, à un moment qui est dramatiquement inconfortable pour les personnages. Le public devient le témoin amusé d’un couple qui tente de se connaître… au moment le moins opportun.
Comment expliques-tu le titre de la pièce ?
Le titre ouvre plusieurs pistes de réflexion.
La première est intime : le monde idéal serait celui dans lequel la personne que j’aime pense et agit comme je le souhaite. Non pas exactement comme moi, mais comme je l’entends. Dans ce cas, je m’assure une forme de tranquillité : un monde parfaitement prévisible, un monde sans surprise. Mais cette illusion de contrôle empêche aussi toute véritable rencontre.
La pièce ouvre aussi une question plus vaste : quel serait un monde idéal pour l’humanité ? Un monde sans guerre ? Sans maladie ? Sans injustice ?
Mais la pièce nous confronte à une question vertigineuse : si l’on pouvait changer le passé, quel monde choisirions-nous ? Par exemple, un monde sans Adolf Hitler mais aussi sans Louis Pasteur, ou le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ?
Ce dilemme révèle quelque chose d’essentiel : chaque monde possible implique des pertes et des gains. Le monde idéal absolu n’existe peut-être pas.
Dès lors, si nous partons du principe que nous ne pouvons pas changer le passé et que le monde dans lequel nous vivons est le seul que nous connaissions, alors il devient en quelque sorte notre monde idéal — non pas parfait, mais le seul à partir duquel nous pouvons agir.
Pour moi, le monde idéal commence peut-être là : dans la capacité à accepter nos imperfections, à nous connaître nous-mêmes et à rencontrer l’autre avec sincérité. C’est un monde du vivre-ensemble, construit à partir de ce que nous sommes réellement.
Et au théâtre, d’une certaine manière, le monde idéal serait presque une catastrophe : un monde parfaitement lisse serait un monde sans conflit, donc sans histoire à raconter.
Peux-tu nous dire un mot sur la distribution ?
J’ai eu la chance de réunir une équipe de comédiennes et comédiens généreux, bienveillants et très engagés dans le travail collectif. C’était essentiel pour moi : des acteurs capables de mettre leur ego de côté pour être pleinement au service du texte et du projet.
Marie-Hélène Remacle possède une sensibilité et une palette de jeu remarquables : elle peut nous mener aux larmes comme aux éclats de rire. C’est une véritable partenaire de scène, attentive et audacieuse.
Laura Noël est une comédienne d’une grande efficacité comique. Nous nous connaissons depuis le Conservatoire et j’ai toujours admiré la précision et la vitalité de ses personnages.
Rémy Thiébaut m’a marqué par sa simplicité et son humanité lors d’une audition précédente. C’est un acteur à la fois très technique et profondément sincère.
Romain Mathelart est un comédien que j’ai souvent vu sur scène, dans des productions très diverses, et que j’apprécie pour sa justesse, sa présence et son humanité. Travailler ensemble sur ce projet est une véritable rencontre artistique puisque Romain est également mon assistant sur le projet.
Qu’est-ce que la mise en scène t’apporte de différent par rapport à ton métier de comédien ?
La mise en scène m’offre un autre point de vue sur le théâtre.
En tant que comédien, je cherche avant tout à donner souffle à un personnage, à habiter une trajectoire intime. Le travail de metteur en scène m’invite plutôt à donner souffle à l’ensemble de l’histoire et à accompagner les comédiens dans leur exploration.
Les deux pratiques sont très complémentaires. L’une nourrit l’autre.
Le comédien travaille souvent à partir du particulier — un geste, une respiration, une intention — pour faire vivre l’ensemble. Le metteur en scène, lui, part de la vision globale pour permettre aux détails d’exister pleinement.
Cela ouvre chez moi un autre regard artistique et une compréhension plus profonde du travail de l’acteur.
Tu connais bien la Tournée des Châteaux. Comment « extérioriser » ce texte qui est fait pour une salle ?
Le texte a été pensé pour une salle, mais l’action se déroule en extérieur : une cérémonie de mariage. C’est donc un avantage pour nous.
J’ai la conviction qu’un bon comédien est capable de s’adapter à son environnement. Il doit être, d’une certaine manière, un résonateur : faire vibrer le texte dans l’espace, faire vibrer l’air autour de lui, transmettre.
Jouer en extérieur demande une grande précision, du rythme, du soutien et une vraie énergie. Ces contraintes nourrissent particulièrement bien la comédie.
Il faudra être attentif à certains apartés plus intimistes afin qu’ils ne se perdent pas dans le plein air, mais le tonus et le rythme du texte se prêtent très bien à ce type d’espace.