Camille Kohler dresse un constat réaliste et humoristique sur la difficulté de jongler entre plusieurs rôles au quotidien.



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MAI 2024

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26.05.24

15H00


DISTRIBUTION 

Avec Christel Pedrinelli, Nicolas Buysse, Laurence Warin, Stéphane Pirard et des enfants…


​Mise en scène  Damien De Dobbeleer
Scénographie  Léa Gardin
Costumes  Sophie Malacord
Lumières  Laurent Comiant 

POUR EN SAVOIR PLUS 

Submergée, survoltée, déjantée : voici Brigitte Tornade, pas tout à fait 40 ans, mère de quatre enfants, et au bord de la crise de nerfs.

Sa vie ? Un marathon incessant. Elle slalome entre ambitions professionnelles, crises de couple et coups d’État permanents des enfants ! La folie ordinaire d’une « vraie » vie de famille moderne, qui nous tend un miroir réaliste et terriblement drôle de nos paradoxes et de nos petits travers.

Critique de la société, caricature des mœurs contemporaines, analyse psychologique du fonctionnement du couple parental, cette pièce résolument actuelle, très dans l’air du temps, est tout à la fois fraîche et engagée. Y sont représentés, dans un style impertinent et caustique, les grands dysfonctionnements dont l’ère post #MeToo a pris possession ces dernières années :
la discrimination positive, la place de la femme au travail, les questionnements liés à la maternité, au partage des tâches, à la fameuse charge mentale… 

La Vie trépidante de Brigitte Tornade : une comédie féminine et féministe.

​Entretien avec Camille Kohler

Comment vous est venue l’idée d’écrire cette pièce ?

Tout a commencé en 2012, sur l’antenne de France Culture. Brigitte Tornade a démarré sa vie trépidante sous la forme d’un feuilleton radiophonique de 7 minutes, qui est revenu régulièrement chahuter l’antenne. En dix saisons et cinquante épisodes, la série s’est étoffée et m’a permis de créer tout un univers autour de cette héroïne, incluant son cercle familial élargi, sa vie professionnelle, ses relations amicales… Je disposais donc d’une matière fictionnelle importante, et je connaissais le personnage de Brigitte Tornade de longue date.

Mais pour la faire exister sur scène, il me fallait penser l’écriture de manière radicalement différente. En termes dramaturgiques, je voulais m’appuyer sur une intrigue solide et casser le côté « chroniques » de la radio, pour éviter que la pièce ne se résume à une succession de sketches. Concernant la place des enfants, d’autres questions se posaient : fallait-il se contenter de les évoquer en resserrant l’intrigue sur le couple, ou les rendre présents par de la vidéo, ou sous forme de marionnettes par exemple ? Et puis l’évidence s’est imposée à nous : raconter la réalité de la vie de famille devait forcément passer par le fait de rendre la famille réelle sur scène, en la faisant exister… avec de vrais enfants. Et c’est ainsi que j’ai privilégié un point de vue réaliste pour faire le portrait de Brigitte et raconter son histoire…

Y a-t-il une part d’autobiographie dans la vie de votre personnage principal ?

Oui, il y a sans doute une part d’autobiographie dans Brigitte Tornade - en tout cas une inspiration puisée dans ma vie personnelle, c’est certain. Comme Brigitte, j’ai des enfants, un mari, je travaille, je rame un peu pour concilier mes différentes vies… Mais au-delà des éléments objectifs qui dressent le portrait de Brigitte en tant que mère de famille, ce sont essentiellement ses failles et ses fragilités qui créent cette proximité avec le public. À titre personnel, je me sens surtout guidée par l’obsession de la justesse, et de manière paradoxale, c’est à travers la subjectivité, le ressenti, l’intime que j’ai l’impression de l’approcher… C’est à mon sens ce qui permet d’entrer en résonnance avec les autres. Donc oui, il y a toujours une part d’intime, plus encore que d’autobiographie, qui rentre en jeu lorsque j’écris. Et particulièrement dans cette pièce !

​Quel message ou quelle réflexion souhaitez-vous transmettre au public à travers cette exploration réaliste de la vie quotidienne d'une mère ?

​Je tenais avant tout à rendre compte de la complexité de la maternité, et plus largement de la vie de couple. Dans une famille, quel que soit son schéma, rien n’est simple : les sentiments sont contradictoires, on est traversé par des forces diverses, on est toujours déchiré entre le désir d’exister et la nécessité de faire des compromis… Il me paraissait important que Brigitte ne donne jamais de leçon, que sa justesse se résume à reconnaître l’ampleur du chaos… et son impuissance à y faire face, y compris de manière joyeuse ! Notre époque est suffisamment riche en injonctions diverses, dont nous faisons tous les frais, pour ne pas en rajouter une couche sur scène ! Quand j’écrivais les aventures de Brigitte, j’avais souvent en tête ces magazines où des femmes racontent leur quotidien de « sur-femmes » : comment elles commencent la journée par une heure de piscine avant de réveiller en douceur leurs enfants avec une orange pressée, et de filer ensuite joyeusement vers une vie professionnelle épanouie ; on a l’impression qu’aucun problème ne résistera à une tasse de thé roiboos, et que le dialogue résoudra n’importe quelle contrariété… J’aime que Brigitte casse ce portrait idéal de papier glacé… qu’elle en bave et qu’elle le dise ! 

Comment avez-vous réagi au succès international de votre première pièce ? Étiez-vous préparée à un tel engouement ?

​Je ne m’attendais pas à ce succès, et j’ai adoré l’idée que cette pièce rassemble autant de gens d’horizons différents. C’est vrai que notre époque est sans doute assez individualiste, et qu’on est de plus en plus isolés derrière nos écrans… Alors forcément, se retrouver ensemble dans une salle et partager un rire commun, ça fait du bien. Que Brigitte soit accueillie aujourd’hui à Bruxelles me rend particulièrement heureuse et fière ! 

Quelles réactions ou retours du public vous ont particulièrement marqué ?

​J’adore quand les gens me disent en sortant : « c’est pas possible, j’ai l’impression qu’il y a des micros ou des caméras chez moi ! » Rien ne me fait plus plaisir que d’entendre les spectateurs s’exclamer : « c’est exactement moi ! ». Je suis émue et honorée qu’autant de gens puissent se reconnaître dans ces mots et ces situations… et surtout qu’ils soient aussi heureux que moi d’en rire !

​Comment avez-vous trouvé l'équilibre entre des moments réalistes et des éléments humoristiques ?

​J’ai cherché à mêler constamment les deux, afin de m’assurer que la comédie soit toujours en lien étroit avec ce réalisme, par souci de justesse et de sincérité. À l’heure du filtre instagram et des réseaux sociaux, je ne voulais surtout pas d’une fausse vie de famille, tirée à quatre épingles – la comédie devait jaillir du quotidien le plus brut. Bien sûr, certains traits sont un peu exagérés pour tirer vers l’humour – mais il était primordial que Brigitte et Paul ne soient jamais les caricatures d’eux-mêmes, que leurs enfants répondent et les saoulent parfois, que leur couple s’use au contact d’une réalité parfois ingrate et toujours répétitive… 

Pour d’autres personnages ou situations en revanche, c’est en exagérant la dimension comique, ou en forçant la caricature, que j’ai eu l’impression d’approcher une certaine réalité – c’est le cas des scènes sur le monde professionnel par exemple… 

​Pourquoi avez-vous choisi d'adopter cette tonalité humoristique pour aborder ce sujet ?

​La vie de famille, le couple, les relations humaines au sens large, sont pour moi des sujets on ne peut plus complexes et sérieux. La charge mentale, et au-delà la place des femmes dans la société, notamment celle des mères, sont des enjeux primordiaux, des luttes qu’il faut relever à chaque instant. Mais j’avais envie d’aborder ces sujets avec chaleur et tendresse. J’ai une grande affection pour ces personnages, et il me semble que l’humour nous permet d’approcher collectivement les tourments qui les agitent avec empathie et complicité. 

​Cette première œuvre théâtrale vous a-t-elle donnée envie d’en écrire d’autres ?

​J’écris de nombreux romans et albums pour les enfants, et je continue à écrire des  fictions radiophoniques… Ce sont des activités relativement solitaires, un peu à l’écart du monde. Et je dois dire que j’ai adoré cette énergie et ce partage que l’on ressent dans une salle de spectacle vivant. Alors oui, je crois que j’aimerais bien me relancer prochainement dans une aventure théâtrale… 

Propos recueillis par Sabrina Gerlache